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le fameux terrain vague

le fameux terrain vague

Les richesses de la pauvreté… c’est un genre de phrase que je n’ai jamais comprise. Moi j’ai envie d’être riche. La personne qui me soutient qu’elle préfère un sandwich à un repas posé dans un restau sympa, qu’elle se dénonce 🙂 C’est quand même cool de ne pas avoir de soucis matériels et une vie confortable.

En Inde, je peux vivre comme une millionnaire. Les restau les plus chics, ne prendre que l’avion, m’acheter des trucs sympas, aller au spa… Sans trop y réfléchir, j’ai en fait vécu comme quelqu’un de normalement aisé. Je n’ai pas de clim dans ma chambre, je ne suis encore jamais allée dans les restau les plus chics d’Ahmedabab, j’ai pris le train dans des conditions que certains de mes amis indiens n’envisageraient pas. J’adore la nourriture de rue (et à ma grande surprise je ne suis pas vraiment tombée malade).

J’ai la conviction que choisir les solutions les plus confortables empêche de faire des rencontres sympathiques. Certes chaque fois que je prends l’avion  je rencontre des gens sympathiques, la dernière fois un chirurgien australien qui m’a invité chez lui à Perth. Cool. Mais encore.

La dernière fois que j’ai pris le bus, le trajet était vraiment inconfortable. On est arrivé à 17h pour prendre le bus. On nous a emmené sur un terrain vague qui faisait office de parking. Vers 18h30 le bus est parti. Il n’était pas plein, on discutait tranquillement. Vers 20h, le bus a soudainement été plein à craquer, plein à l’indienne (plusieurs personnes par couchette, des gens qui dorment partout par terre ou qui sont debout dans le couloir). Le rideau de ma couchette était tiré, mais régulièrement quelqu’un l’ouvrait, regardait et quand il voyait que je le regardais également il partait. A un arrêt, quelqu’un a ouvert la fenêtre de l’extérieur, le rideau et a essayé de sauter à l’intérieur. J’ai eu super peur. Puis je me suis rendue compte que les fenêtres ne fermaient pas. Un courant d’air était bien présent et me glaçait. J’ai enfilé tous les vêtements que j’avais, mais il faisait tellement froid que je ne pouvais pas dormir. Il était 23h. Le bus arrivait le lendemain vers 6h. 7h à tenir. Je savais que le couloir était plein à craquer, mais j’avais peur de tous ces hommes pauvres, je n’osais pas sortir ma tête. Puis je m’ennuyais trop, j’avais trop froid. C’est bon, j’avais touché une certaine forme de pauvreté: grelotter dans un bus bondé. (mes potes dormaient et je n’osais pas les déranger).

J’ai sorti ma tête, avec mon hindi bancal on a commencé à discuter. Ils ont vu que j’avais vraiment froid. Et soudain, un monsieur qui dormait par terre sur une espèce de matelas me l’a donné. Je n’ai pas très bien compris. Puis j’ai eu le déclic: c’est une couverture potentielle! Ce vieux matelas m’a donné une douce chaleur et je me suis endormie, tellement bien qu’on a failli rater l’arrivée.

Alors voilà, si j’avais voyagé de façon plus confortable, je n’aurais jamais rencontré ces messieurs. Et jamais ils ne m’auraient donné leur matelas pour me réchauffer. Je ne les reverrai jamais, mais c’est certainement une des choses les plus chouettes de ce week-end.

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